Ce terme ne m’est pas venu en salle de réunion.
Il m’est venu sur l’autoroute, lors d’un trajet de travail banal, presque automatique :
- Voie de droite.
- Camions alignés.
- Vitesse stable.
- Distance de sécurité respectée.
- Aucun dépassement inutile.
Et une pensée simple :
👉 C’est exactement comme ça que beaucoup d’organisations fixent leurs objectifs !
La naissance du terme :
Sur l’autoroute, le camion ne cherche pas la performance maximale.
- Il cherche l’arrivée.
- Il transporte une charge connue.
- Il suit un itinéraire balisé.
- Il respecte une vitesse sécurisée.
- Il évite toute prise de risque inutile.
Et surtout :
👉 Il ne prétend pas être une voiture de course.
C’est là que le mot m’est apparu naturellement : le camionnage.
Définition : qu’est-ce que le camionnage ?
Le camionnage, c’est le fait de se fixer des objectifs volontairement peu ambitieux afin de garantir qu’ils seront atteints.
Cela se traduit par :
- des objectifs systématiquement atteignables,
- des roadmaps sans surprise,
- des KPI calibrés pour être tenus,
- une aversion forte au risque et à l’échec.
Ce n’est ni de la paresse, ni forcément de l’incompétence.
👉 C’est un choix implicite de pilotage.
Pourquoi le camionnage est si répandu
Le camionnage rassure. Il rassure les managers, les directions, les actionnaires, parfois même les équipes.
Ses promesses sont claires :
- pas de dérapage,
- pas d’échec visible,
- pas de conflit sur les objectifs,
- pas de remise en cause brutale.
Dans un environnement instable, sous pression, ou en sortie de crise, le camionnage est souvent perçu comme du bon sens. Et parfois, il l’est !
Les avantages réels du camionnage
Soyons honnêtes : le camionnage a des vertus.
✔️ Sécurité opérationnelle : les engagements sont tenus et la parole donnée est respectée.
✔️ Prévisibilité : les résultats sont lissés, anticipables, pilotables.
✔️ Climat social apaisé : peu de stress lié à l’atteinte des objectifs et peu de mises en difficulté visibles.
✔️ Efficacité à court terme : on livre, encore et encore et sans accroc.
Mais le camionnage a un coût
Et ce coût n’apparaît jamais immédiatement.
⚠️ Érosion de l’ambition : à force de camionner, on oublie ce qu’est un vrai saut d’échelle.
⚠️ Confusion entre réussite et progression : atteindre ses objectifs ne signifie plus progresser.
⚠️ Immobilisme déguisé : tout avance… mais rien ne change vraiment.
⚠️ Décrochage stratégique : le monde accélère mais le camion reste sur sa voie.
Le plus grand danger n’est pas le camionnage en soi.
👉 Le danger, c’est le camionnage non assumé.
Le vrai problème : camionner en se croyant ambitieux
Beaucoup d’organisations parlent de vision, de transformation, d’innovation … tout en pratiquant un camionnage strict.
Les mots sont ambitieux mais les objectifs ne le sont pas ; les trajectoires restent inchangées.
C’est là que naissent :
- la frustration des équipes,
- le cynisme managérial,
- la perte de sens.
Faut-il sortir du camionnage ?
Pas toujours.
Pas brutalement.
Pas sans méthode.
La vraie question n’est pas “faut-il camionner ?”
mais plutôt :
👉 Quand le camionnage est-il encore pertinent ?
👉 Et quand devient-il un frein ?
Comment sortir efficacement du camionnage ?
Quelques pistes pour ouvrir le débat :
- Assumer clairement quand on est en mode sécurisation.
- Différencier objectifs d’exécution et objectifs de transformation.
- Accepter des objectifs non atteints… s’ils déplacent réellement la trajectoire.
- Introduire volontairement une part de risque mesuré.
- Cesser de confondre “objectif tenu” et “stratégie gagnante”.
Sortir du camionnage ne veut pas dire devenir une fusée. Cela veut dire choisir consciemment quand rester camion, et quand changer de véhicule.
Crédits
Photo : @IvanSpasic (istockphoto)